Anne-Marie Garat est écrivain (prix Fémina)
« En 1933, depuis près de trois ans, le Reichstag avalise sans broncher; les décisions se prennent sans débats ni votes. Von Hindenburg gouverne un coude sur lépaule des SPD, tétanisés, un coude sur celle des nazis, bons bougres. Hitler na plus quà sauter sur lestrade, grand clown des atrocités, impayable dans son frac tout neuf. Qui prétend encore que cest arrivé du frais matin ? Le sommeil a bon dos, où naissent les songes, et les cauchemars. Mais on ne se réveille pas dans le pire, stupeur, au saut du lit: le pire sest installé, insidieux, dans le paysage, banalisé par l'apathie ou lincrédulité des uns, la bénédiction des autres.
Des gendarmes brutaux, grossiers, débarquent impunément avec leurs chiens dans les classes dun collège du Gers, pour une fouille musclée ; le proviseur entérine, bonasse. Et le ministre de lEducation, quen dit-il ? Que dit-il de lenlèvement denfants dans une école de Grenoble, deux et de leur famille expulsés en vingt-quatre heures, après combien dautres ? Qui tient la comptabilité de ces exactions ordinaires ?